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La jeune Marguerite de Crayencour célébrait « la gloire de vivre ». Plus tard Marguerite
Yourcenar écrivain se contentait d’apprécier « le modeste plaisir de vivre ».
Les yeux ouverts sur le spectacle du monde, la romancière-historienne apprit
au fil du temps que la vie est difficile, parsemée d’obstacles, fertile en déceptions,
féconde en malheurs. De plus la perspective du grand voyage préoccupe voire tourmente
beaucoup d’esprits.
À aucun moment Marguerite Yourcenar ne tint le compte des épreuves qui jalonnent
toute aventure humaine, mais la lecture de ses œuvres –romans, essais, pièces de
théâtre, traductions... – permet d’inventorier les grands défis auxquels chacun
de nous peut se trouver confronté. L’essai de Marthe Peyroux, intitulé selon une
expression empruntée à Marguerite Yourcenar elle-même, La difficulté héroïque de
vivre, se propose de les étudier à partir de l’œuvre et des confidences
de l’écrivain.
C’est ainsi que les coups de dé du destin portent atteinte à la liberté de toute
existence qu’ils régentent en partie, que la passion, source d’un rayonnement primordial,
se heurte trop souvent au tourment du refus, au drame de la trahison, à l’hostilité
des circonstances quand elle n’est pas victime des diktats d’une morale ignorante
des exigences de la nature humaine, que La douleur du monde culmine sous
le joug de la guerre, la pire des sottises humaines. L’empereur Hadrien,
pacifiste, imaginait mal la disparition de ce fléau attisé par la haine de l’homme
envers l’homme. Devant la noirceur de ce tableau, le désespoir peut envahir l’âme
la plus maîtresse d’elle-même et la méditation sur la mort ajoute fréquemment au
désarroi de l’esprit qui ne parvient à résoudre ni l’énigme de son origine ni celle
de sa fin.
Néanmoins Marguerite Yourcenar, relayée par ses grands protagonistes, l’empereur
Hadrien, le médecin-philosophe Zénon, Nathanaël, l’homme obscur, fidèles porte-voix,
témoins ou victimes par le monde de tant d’horreurs bouleversantes, ne sombra jamais
dans le pessimisme. Elle adopta pour ligne de conduite, une acceptation sans passivité
ni défaitisme paralysant. Elle s’efforçait par son exemple et par ses écrits de
« préparer un monde plus propre et plus pur ».
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